La 2,4-dinitrophénylhydrazine

 

Nous allons ici nous intéresser à la synthèse de cette molécule (d’acronyme 2,4-DNPH) utilisée en chimie analytique. Nous illustrerons cette utilisation par quelques manipulations qualitatives.

 

I.                 Présentation

 

1)    La molécule

 

Fig. 1

 

Il s’agit d’une molécule assez simple, caractérisée par la présence d’une fonction hydrazine (en bleu) et de deux groupements nitro (en rouge).

 

2)    Utilisations

 

La 2,4-DNPH est utilisée en chimie analytique pour la détection et le dosage des groupements carbonyles : aldéhydes et cétones avec lesquelles elle réagit pour donner un précipité d’hydrazone correspondante.

Ainsi, ce réactif a été utilisé pour le dosage de l’acétaldéhyde (l’un des produits de dégradation de l’éthanol) dans le sang1.

L’un des dérivés de cette molécule, la 6-chloro-2,4-dinitrophénylhydrazine est utilisé pour déterminer la configuration absolue des molécules possédant un groupement carbonyle par analyse cristallographique (diffraction de rayons X)2.

Enfin, la détection et le dosage d’aldéhydes et de cétones présents dans la fumée de cigarette3 ou dans l’air4 peut être réalisée en faisant passer l’air sur de la silice imprégnée de 2,4-DNPH. L’analyse des hydrazones formées est ensuite réalisée par chromatographie en phase gazeuse couplée à un spectromètre de masse (GC-MS) ou par chromatographie liquide haute performance (HPLC).

 

3)    Schéma général de synthèse

 

Nous suivrons le schéma de synthèse suivant5 :

Fig. 2

 

Nous effectuerons premièrement la dinitration du bromobenzène, suivie d’une réaction de substitution nucléophile aromatique réalisée par l’hydrazine.

 

 

II.             Synthèse du 2,4-dinitrobromotoluène

 

1)    Matériel et produits nécessaires

 

  1. Ballon tricol de 100 ml
  2. Réfrigérant à air
  3. Ampoule de coulée
  4. Septum ou bouchon
  5. Erlenmeyer de 500 ml
  6. Filtre en verre fritté porosité 3
  7. Système de filtration sous vide
  8. Mortier + pilon
  9. Ballon de 100 ml
  10. Agitateur magnétique chauffant
  11. Bain d’huile
  12. Bromobenzène
  13. Acide sulfurique à 96 %
  14. Acide nitrique à 60 %
  15. Ethanol
  16. Eau
  17. Glace

 

2)    Mode opératoire

 

1          Réaliser le montage suivant :

 

Fig. 3

 

Le réfrigérant à air peut être obtenu en utilisant un condenseur de Liebig dans lequel on ne fait pas passer d’eau.

2          Placer avec précautions 30 ml d’acide sulfurique concentré puis 10 ml d’acide nitrique concentré dans le ballon.

3          Placer 4.2 ml de bromobenzène dans l’ampoule de coulée.

3          Chauffer le ballon à 85-90°C au moyen d’un bain d’huile.

3          Ajouter goutte à goutte le bromobenzène, en agitant vivement le milieu réactionnel, de façon à ce que l’addition dure environ 2 minutes. La température monte à 120-130°C.

4          Laisser refroidir en gardant une agitation douce jusqu’à une température de 80°C.

5          Couler avec précautions le mélange réactionnel sur 150 g de glace. Agiter pendant 5 minutes.

6          Le mélange est filtré sous vide sur un verre fritté de porosité 3.

7          Rincer le solide par 50 ml d’eau.

7          Récupérer et broyer le solide dans un mortier avec 10 ml d’eau puis filtrer sous vide et rincer avec 3x50 ml d’eau.

            Recommencer cette manipulation une seconde fois.

8          Recristalliser le produit brut dans l’éthanol bouillant dans un ballon de 100 ml.

9          Une fois le produit totalement dissout au reflux de l’éthanol, laisser refroidir le mélange en gardant une agitation douce.

            Dès que la précipitation s’amorce, placer le ballon dans un bain d’eau dans lequel on rajoute au fur et à mesure de la glace jusqu’à atteindre 0°C. On laisse le ballon 30 minutes dans le bain eau/glace.

10        Le produit est filtré sous vide et rincé avec 5 ml d’éthanol glacé.

11        Le produit est séché sous vide, mais surtout pas dans une étuve.

 

3)    Résultats et discussion

 

On obtient après recristallisation le produit sous la forme d’une poudre cristalline très légèrement jaune, m = 8.509 g ; rdt = 87.2 %.

 

Il s’agit ici d’une réaction de nitration réalisée par le mélange sulfo-nitrique (mélange d’acide sulfurique et nitrique). Cette nitration fait partie des réactions de substitution électrophile aromatique. Ces réactions permettent de greffer différents groupes fonctionnels (alkyle, nitro, sulfo) sur un noyau aromatique.

 

Le brome oriente les réactions de substitution électrophile en ortho et para de lui. L’étude des formes mésomères du bromobenzène permet de comprendre ce fait. L’attaque électrophile a lieu sur les positions électroniquement enrichies : 

 

Fig.  4

 

La réaction se décompose en deux temps : première bromation en ortho ou para du brome donnant l’ortho-nitrobromobenzène et le para-nitrobromobenzène. La nitration de ces deux produits conduit au 2,4-dinitrobromobenzène.

Nous observons l’attaque électrophile en ortho du brome et en méta du groupe nitro ce que l’on explique par l’étude des formes mésomères. La réaction aura lieu sur les positions qui sont le moins déficientes électroniquement. Ainsi on observera l’attaque en méta du nitro, la position ortho étant défavorable :

 

Fig. 5

 

La réaction se déroule alors selon le mécanisme suivant (seul l’isomère avec le nitro en para du brome est représenté comme produit de la première nitration) :

 

Fig. 6

 

La formation de l’espèce nitrante NO2+ résulte de la déshydratation en milieu acide (acide sulfurique) de l’acide nitrique.

Les deux attaques électrophiles suivantes ont lieu sur les positions ortho et para du brome.

 

La réaction est exothermique et la chaleur permet de favoriser la di-nitration. En effet, la nitration menée à température ambiante ou à 0°C conduit majoritairement au produit mononitré.

 

Le fait de verser le mélange réactionnel dans de la glace permet de diluer les acides et de faire précipiter le produit. Une grande attention sera portée à cette étape en raison de la dangerosité du mélange sulfonitrique chaud.

 

Le lavage à l’eau associé au broyage a ici un intérêt particulier. En effet, par cette technique, il est possible d’obtenir un produit plus pur que si le broyage n’est pas employé. Ce dont il est possible de se rendre compte en  comparant la couleur du produit final obtenu par cette méthode avec celle du composé obtenu sans passer par le broyage.

En effet, lors de la coulée du mélange réactionnel sur la glace, le produit a tendance à se prendre en masse, piégeant ainsi des oxydes d’azotes et des traces d’acides et le seul lavage à l’eau ne permet pas l’élimination de ces impuretés.

Le broyage permet d’éliminer ces impuretés qui contaminent le produit même après recristallisation.

 

Fig. 7 : le 2,4-dinitrobromobenzène pur (obtenu après recristallisation). A gauche le produit n’ayant pas été broyé dans l’eau avant recristallisation. A droite, le produit ayant été broyé dans l’eau avant recristallisation.

 

Note sur la recristallisation : 

 

Lors de la recristallisation, est raison du bas point de fusion du composé, il peut arriver qu’il fonde avant de se dissoudre totalement dans l’éthanol. Cela se produit si la plaque est trop chaude, entraînant ainsi la fusion du composé avant l’ébullition de l’éthanol.

Dans ce cas, on rajoutera de l’éthanol jusqu’à disparition totale (au reflux du solvant) de cette couche inférieure huileuse de produit.

 

Fig. 8 : lors de la recristallisation. On pourra noter la couche inférieure (d’un jaune plus marqué) constituée par le 2,4-dinitrobromobenzène fondu.

 

Le séchage du produit devra se faire impérativement sous vide et sans chauffer. En effet, le 2,4-dinitrobromobenzène ayant un point de fusion assez bas (72°C), si l’étuve est mal réglée, le produit fondra. Par refroidissement, il cristallisera ou se prendra en masse qu’il faudra ensuite broyer pour obtenir une poudre cristalline dont la manipulation est plus aisée.

 

4)    Analyses

 

- Température de fusion : θfus = 72°C (θfus th = 71-73°C).

 

- Le spectre RMN simulé est disponible ici6.

 

5)    Produits utilisés9

 

- Bromobenzène : C6H5Br ; Inflammable, irritant, dangereux pour l’environnement

Risque : R 10 : Inflammable.

              R 38 : Irritant pour la peau.

  R 51/53 : Toxique pour les organismes aquatiques, peut entraîner des effets néfastes à long terme pour l’environnement aquatique.

Conseil de prudence : S 61 : Eviter le rejet dans l'environnement. Consulter les instructions spéciales / la fiche de données de sécurité.

 

- Acide sulfurique : H2SO4 ; Corrosif

Risque : R 35 : Provoque de graves brûlures.

Conseils de prudence : S 26 : En cas de contact avec les yeux, laver immédiatement et abondamment avec de l’eau et consulter un spécialiste

                                      S 30 : Ne jamais verser de l’eau dans ce produit.

                                      S 45 : En cas d’accident ou de malaise consulter immédiatement un médecin (si possible lui montrer l’étiquette).      

 

- Acide nitrique : HNO3

Risque : R 35 : Provoque de graves brûlures.

Conseils de prudence : S 23.2 : Ne pas respirer les vapeurs.

                                     S 26 : En cas de contact avec les yeux, laver immédiatement et abondamment avec de l’eau et consulter un spécialiste.

                                      S 36/37/39 : Porter un vêtement de protection approprié, des gants et un appareil de protection des yeux/du visage.

                                      S 45 : En cas d’accident ou de malaise consulter un spécialiste (si possible lui montrer l’étiquette).

 

- Ethanol : C2H5OH ; Facilement inflammable.

Risque :    R 11 : Facilement inflammable.

Conseils de prudence : S 7 : Conserver le récipient bien fermé.

                                     S 16 : Conserver à l’écart de toute flamme ou source d’étincelles. Ne pas fumer.

 

- 2,4-dinitrobromobenzène : C6H3BrN2O4 ; Irritant, corrosif.

Risque : R 34 : Provoque des brûlures.

Conseils de prudence : S 25 : Eviter le contact avec les yeux.

 S 28.1 : Après contact avec la peau, se laver immédiatement et abondamment avec de l’eau.

 S 36/37/39 : Porter un vêtement de protection approprié, des gants et un appareil de protection des yeux/du visage.

 S 45 : En cas d’accident ou de malaise, consulter immédiatement un médecin (si possible lui montrer l’étiquette).

 

 

III.         Synthèse de la 2,4-dinitrophénylhydrazine

 

Cette manipulation devra être réalisée sous hotte et en prenant toutes les précautions nécessaires pour se protéger en raison de la toxicité des composés mis en œuvres (principalement en ce qui concerne l’hydrazine).

Avant de se lancer dans la manipulation, il est vivement conseillé de lire les fiches de données de sécurité de l’hydrate d’hydrazine et de la 2,4-dinitrophénylhydrazine (format pdf).

 

1)    Matériel et produits

 

  1. Ballon bicol de 100 ml
  2. Ampoule de coulée
  3. Agitateur magnétique chauffant
  4. Bain d’huile
  5. Réfrigérant à eau
  6. Système de filtration sous vide
  7. Filtre en verre fritté de porosité 3
  8. Erlenmeyer rodé de 100 ml
  9. 2,4-dinitrobromobenzène
  10. Hydrate d’hydrazine
  11. Ethanol à 95°
  12. Acétate d’éthyle

 

2)    Mode opératoire

 

1                    Réaliser le montage suivant :

 

Fig.  9

 

2                    Placer 2g de 2,4-dinitrobromobenzène dans le ballon et couler 30 ml d’éthanol.

3                    Placer une solution constituée de 2g d’hydrate d’hydrazine dans 10 ml d’éthanol dans l’ampoule de coulée.

4                    Porter le milieu réactionnel à ébullition.

5                    Couler lentement la solution d’hydrazine et garder 3 minutes au reflux.

6                    Laisser refroidir sans agiter.

7                    Filtrer les cristaux formés sur verre fritté de  porosité 3.

8                    Rincer les cristaux par 5 ml d’éthanol glacé.

9                    Recristalliser le produit dans l’acétate d’éthyle (dans un erlenmeyer rodé de 100ml). Quand la cristallisation commence, refroidir l’erlenmeyer dans un bain d’eau dans lequel on ajoute de la glace peu à peu.

10                Filtrer sur verre fritté et rincer les cristaux par 5 ml d’acétate d’éthyle glacé.

11                Sécher le produit sous vide.

 

3)    Résultats et discussion

 

Le produit pur est obtenu après recristallisation sous la forme de cristaux rouge, m = 1.404 g, rdt = 88.6 %.

 

La réaction que nous réalisons est une substitution nucléophile particulière car ayant lieu sur un noyau aromatique.

Cette réaction est rendue possible par la présence d’au moins un groupe fortement électroattracteur situé sur le noyau benzénique, en position ortho ou para par rapport au groupe partant. Nous avons ici deux groupes nitro qui sont fortement électroattracteurs. Ces substituants vont permettrent la stabilisation de l’intermédiaire réactionnel (fig 11).

 

La réaction se déroule comme suit :

 

Fig. 10

 

La première étape de la réaction (attaque nucléophile - A) conduit à la formation d’un anion dont la charge est délocalisée et pour lequel plusieurs formes mésomères peuvent être écrites (on notera Nu le nucléophile pour plus de clarté) :

 

Fig. 11

 

La seconde étape de la réaction (B) consiste en l’élimination du groupe partant de façon à ré-aromatiser le cycle. 

 

Le produit brut obtenu après cristallisation du mélange réactionnel se présente sous deux formes cristallines : des cristaux oranges ou noirs. A noter que si l’on recristallise le produit dans l’éthanol, ces deux mêmes formes cristallines sont obtenues.

 

Par recristallisation dans l’acétate d’éthyle, les cristaux obtenus sont d’un très joli rouge rubis :

 

Fig. 12 : produit avant recristallisation. On peut remarquer la présence de deux types de cristaux de couleur orange et noir.

 

Fig. 13 : produit recristallisé dans l’acétate d’éthyle.

 

4)    Analyses

 

- La température de fusion est : θfus = 201°C (θfus th = 198-201°C).

- Le spectre de masse est disponible ici7.

- Le spectre infra-rouge est disponible ici7.

 

5)    Produits utilisés9

 

- 2,4-dinitrobromobenzène : C6H3BrN2O4 ; Irritant, corrosif.

Risque : R 34 : Provoque des brûlures.

Conseils de prudence : S 25 : Eviter le contact avec les yeux.

 S 28.1 : Après contact avec la peau, se laver immédiatement et abondamment avec de l’eau.

 S 36/37/39 : Porter un vêtement de protection approprié, des gants et un appareil de protection des yeux/du visage.

 S 45 : En cas d’accident ou de malaise, consulter immédiatement un médecin (si possible lui montrer l’étiquette).

 

- Hydrate d’hydrazine : N2H4, H2O ; Cancérigène, toxique, corrosif, sensibilisant, dangereux pour l’environnement.

Risque : R 23/24/25 : Toxique par inhalation, par contact avec la peau et par ingestion.

              R 34 : Provoque des brûlures.

  R 43 : Peut entraîner une sensibilisation par contact avec la peau.

  R 45 : Peut provoquer le cancer.

  R 50/53 : Très toxique pour les organisme aquatiques, peut entraîner des effets néfastes à long terme pour l’environnement aquatique.

Conseils de prudence : S 26 : En cas de contact avec les yeux, laver immédiatement et abondamment avec de l’eau et consulter un spécialiste.

                                      S 36/37/39 : Porter un vêtement de protection approprié, des gants et un appareil de protection des yeux/du visage.

  S 45 : En cas d’accident ou de malaise consulter un spécialiste (si possible lui montrer l’étiquette).

 S 53 : Eviter l’exposition – se procurer des instructions spéciales avant l’utilisation.

 S 60 : Eliminer le produit et son récipient comme un déchet dangereux.

 S 61 : Eviter le rejet dans l’environnement. Consulter les instructions spéciales/la fiche de données de sécurité.

 

- Ethanol : C2H5OH ; Facilement inflammable.

Risque : R 11 : Facilement inflammable.

Conseils de prudence : S 7 : Conserver le récipient bien fermé.

                                    S 16 : Conserver à l’écart de toute flamme ou source d’étincelles. Ne pas fumer.

 

- Acétate d’éthyle : C4H8O2 ; Facilement inflammable, irritant.

Risque : R 11 : Facilement inflammable.

  R 36 : Irritant pour les yeux.

  R 66 : L’exposition répétée peut provoquer dessèchement ou gerçures de la peau.

  R 67 : L’inhalation de vapeurs peut provoquer somnolence et vertiges.

Conseils de prudence : S 16 : Conserver à l’écart de toute flamme ou source d’étincelles. Ne pas fumer.

 S 26 : En cas de contact avec les yeux, laver immédiatement et abondamment avec de l’eau et consulter un spécialiste.

 S 33 : Eviter l’accumulation de charges électrostatiques.

 

- 2,4-dinitrophénylhydrazine : C6H6N4O4 ; Nocif, irritant.

Risque : R 2 : Risque d’explosion par le choc, la friction, le feu ou d’autres sources d’ignition.

  R 22 : Nocif en cas d’ingestion.

  R 36/38 : Irritant pour les yeux et la peau.

Conseil de prudence : S 35 : Ne se débarrasser de ce produit et de son récipient qu’en prenant toutes précautions d’usage.

 

 

IV.         Utilisation de la 2,4-dinitrophénylhydrazine

 

1)    Généralités

 

La 2,4-DNPH réagit avec les groupements carbonyles (aldéhyde et cétone) pour donner des hydrazones, sous la forme d’un précipité caractéristique.

Ce réactif est donc utilisé pour reconnaître ces groupements avec lesquelles elle donne une coloration jaune (pour les carbonyles non conjuguées) ou rouge (pour les carbonyles conjuguées).

En revanche, on n’observe pas de réaction avec les carboxyles (acides, esters, amides).

 

En plus d’être une molécule permettant de mettre en évidence la présence de carbonyles, la DNPH permet également de caractériser ces aldéhydes et cétones. En effet, les combinaisons sont cristallines et il donc possible de déterminer le point de fusion caractéristique de l’hydrazone. Enfin, les méthodes plus récentes de chromatographie (GC-MS ou HPLC) permettent de caractériser les hydrazones et donc les carbonyles correspondants de façon simple et précise.

 

Le mécanisme réactionnel de formation d’une hydrazone est le suivant :

 

Fig. 14

 

Nous allons illustrer cette réaction de formation d’hydrazone avec quelques exemples simples.

 

2)    Réaction sélective sur les carbonyles – Hydrazones de carbonyles conjuguées au non.

 

Nous allons ici mettre en évidence le fait que la 2,4-DNPH réagit sélectivement avec les aldéhydes et cétones.

Pour cela, on prépare une solution test en dissolvant 240 mg de 2,4-DNPH dans un mélange de 1.6 ml d’eau, 0.8 ml d’acide sulfurique concentré et 4 ml d’éthanol à 95°. La solution orange obtenue sera conservée à l’abri de la lumière.

On place 1 ml de cette solution dans trois tubes différents, numérotés de 1 à 3.

On ajoute alors dans le tube 1 trois gouttes de propan-2-ol, dans le tube 2 trois gouttes d’acétone et dans le tube 3 trois gouttes d’acide acétique.

 

Fig. 15 : Les tubes après ajout des réactifs. De gauche à droite : propan-2-ol, acétone, acide propanoïque.

 

Un précipité apparaît dans le tube 2. Il s’agit de l’hydrazone de l’acétone.

 

Fig. 16 : l’hydrazone de l’acétone : la 1-(2,4-dinitrophényl)-2-(propan-2-ylidène)hydrazine

 

En revanche, on ne note ni précipité ni trouble de la solution dans les tubes 1 et 3, indiquant l’absence de réaction entre la 2,4-DNPH et les alcools et les acides.

Cette même considération peut être étendue à tous les groupements carboxyles.

 

Ce réactif permet également une certaine mise en évidence de la nature conjuguée ou non du groupement carbonyle étudié.
En effet, si le groupe est conjugué (comme c’est le cas du benzaldéhyde), le précipité d’hydrazone sera de couleur rouge. En revanche avec le formol (le plus simple des carbonyles non conjugués), le précipité sera de couleur jaune.

 

Fig. 17 : Précipité d’hydrazone. A droite avec du formol.

A gauche, avec du benzaldéhyde.

 

3)    Analyse sommaire de la fumée de cigarette.

 

Certains carbonyles présents dans la fumée de cigarette peuvent être analysés par chromatographie en phase gazeuse couplée à la spectrométrie de masse, sous forme d’hydrazones après réaction avec la 2,4-DNPH fixée sur silice3 on en solution8.

 

a. Avec un pad de silice

 

Nous allons commencer par fixer la DNPH sur silice. Pour cela, on dissout 200 mg de produit dans 60 ml d’acétonitrile acidifié par 5 gouttes d’acide perchlorique à 60%.

On ajoute ensuite 5 g de silice (granulométrie 200-500 µm) et la solution est agitée.

On évapore ensuite le solvant sous vide, jusqu’à obtention d’un produit sec.

 

Fig. 18 : 2,4-dinitrophénylhydrazine fixé sur silice.

 

On place la DNPH absorbée sur silice dans un tube en verre (maintenue entre deux bouts de coton) à l’extrémité duquel une cigarette est fixée. L’extrémité libre du tube est reliée à un dispositif de pompage (pompe à vide ou trompe à eau).

 

Fig. 19

 

La cigarette est allumée et le dispositif d’aspiration est mis en route. La fumée passe sur le pad de silice et les carbonyles réagissent avec la 2,4-DNPH absorbée. Le pad prend alors une coloration rouge foncée (fig 20 et 21).

 

Fig. 20 : tube réactif avant passage de la fumée.

 

Fig. 21 : tube réactif après passage de la fumée.


 

Des goudrons ou des suies pouvant ne pas être retenus par le filtre de la cigarette et s’absorber sur la silice en la colorant, nous confirmerons cette manipulation en faisant passer la fumée à travers un tube de 15 cm de long (5 mm de diamètre) rempli de coton peu tassé (pour ne pas opposer trop de résistance au passage de l’air) puis en la faisant barboter dans une solution acide de 2,4-DNPH (préparée précédemment).

La solution est placée dans un flacon laveur dont la tubulure plongeante en solution est reliée à une cigarette (via le tube bourré de coton) et l’autre tubulure reliée à un dispositif d’aspiration.

La cigarette est allumée et le dispositif d’aspiration est mis en route.

Lors du barbotage, la solution de 2,4-dinitrophénylhidrazine se trouble et un précipité rouge apparaît (fig 22 et 23).

 

Fig. 22 : solution de 2,4-DNPH avant passage de la fumée.

 

Fig. 23 : solution de 2,4-DNPH après passage de la fumée. Le précipité d’hydrazone est particulièrement visible.

 

Nous mettons ainsi en évidence la présence de carbonyles dans la fumée de cigarette. Cependant, plus de 4000 substances ayant été identifiée dans la fumée, nous ne représenteront que les principaux de ces carbonyles :

 

Fig. 24

 

A noter que les tubes contenant un pad de 2,4-DNPH absorbée sur silice peuvent être utilisés pour révéler la présence de carbonyles dans l’air. Pour cela, il suffit de faire passer un courant d’air sur la silice. Ces tubes peuvent être préparé à l’avance et conservés scellés sous argon.  

 

Fig. 25 : tube réactif scellé.

 

Cette méthode a été testé avec deux aldéhydes : le formol (fig 26 et 27) et le benzaldéhyde (fig 28 et 29).

 

Fig. 26 : Tube avant passage d’air.

 

Fig. 27 : tube après passage d’air contenant des traces de formaldéhyde.

 

Fig. 28 : Tube avant passage d’air.

 

Fig. 29 : Tube après passage d’air contenant des traces de benzaldéhyde.

 

On remarque qu’avec le formol, la couleur du réactif passe au jaune clair alors qu’avec le benzaldéhyde, c’est plutôt une couleur orange qui est obtenue.

 

De cette façon, la réaction étant assez rapide, il est possible de disposer au laboratoire d’un système de détection bon marché de certains aldéhydes et cétones, plus ou moins volatils. Certes ces composés étant souvent odorants, le nez restera le premier moyen de détection en cas de fuite importante, mais si pour une raison ou une autre ce moyen naturel de détection ne remplissait pas sa fonction (un nez bouché, ça arrive à tout le monde), ce petit système peut s’avérer efficace.

Précisons tout de même qu’aucun test n’a été réalisé en mesurant simultanément la teneur en composé détecté dans l’air.

 

 

V.             Bibliographie

 

 

1          Lynch C., Lim C.K., Peters T.J. ; Assay of blood and tissue aldehydes by HPLC analysis of their 2,4-dinitrophenylhydrazinenext term adducts. Clinica Chimica Acta, 130 (1983), 117-122.

 

2          Kawai Y., Hayashi M., Tokitoh N. ; 6-Chloro-2,4-dinitrophenylhydrazinenext term as a useful crystalline agent for the determination of absolute configuration. Tetrahedron Letters, 43 (2002), 465-467.

 

3          Dong J., Moldoveanu S.C. ; Gas chromatography–mass spectrometry of carbonyl compounds in cigarette mainstream smoke after derivatization with 2,4-dinitrophenylhydrazine. Journal of Chromatography A, 1027 (2004), 25-35.

26th International Symposium on Capillary Chromatography and Electrophoresis.

                                  

4          Uchiyamaa S., Matsushimab E., Tokunagab H. ; Determination of orthophthalaldehyde in air using 2,4-dinitrophenylhydrazine-impregnated silica cartridge and high-performance liquid chromatography. Journal of Chromatography A, 1116 (2006), 165-171.

           

5          Ault A., Techniques and experiments for organics chemistry, 6ème ed, 1998, University Science Books.

 

6          Logiciel ChemDraw Ultra 9.0

 

7          Base de spectre : http://www.aist.go.jp/RIODB/SDBS/cgi-bin/cre_index.cgi

 

8          http://www.hc-sc.gc.ca/hl-vs/tobac-tabac/legislation/reg/indust/method/main-principal/carbonyl/carbonyl01_f.html

 

9          Catalogue VWR International/Merck : Produits chimiques et réactifs, 2002.